Personnages célèbres

Polycrate de Samos

Tyran de Samos en Ionie. Polycrate prend l’allure légendaire du souverain riche et puissant à qui tout réussit, mais auquel, comme Crésus, la destinée réserve un sort malheureux. Polycrate s’était emparé du pouvoir, en 538, le jour même de la fête d’Héra. Jusqu’alors, Samos avait eu un gouvernement aristocratique. La menace perse en Egéide aurait convaincu Polycrate que Samos ne conserverait son indépendance que si elle possédait un gouvernement fort. Comme le futur philosophe Pythagore, natif de Samos, nombre de nobles Samiens estimés et considérés furent bannis de l’île.

Un règne prospère...

L’île de Samos n’a jamais été aussi prospère que sous la tyrannie de Polycrate. Sa cour est brillante, elle attire poètes et artistes. Les fêtes et les plaisirs étaient nombreux à Samos, dans le palais et à la cour l’existence se déroulait au son des flûtes et de la lyre des poètes. Sous son règne, Samos s’orne de constructions utilitaires et de grands monuments religieux. Ses contemporains et leurs descendants admiraient surtout la conduite d’eau établie sur l’ordre de Polycrate qui nécessita le percement d’un tunnel dans les collines.

De lui et de sa vie intime on ne sait rien ou presque mais il est évident qu’il s’entourait de luxe ; habitant un magnifique palais, il appréciait pleinement les joies de l’existence. Cruel et sans pitié dans ses fonctions de chef d’État, Polycrate n’était pas un despote borné et sanguinaire. Sa bibliothèque était une des rares de l’époque ; des artistes, des savants vivaient à sa cour. Le médecin Démocède de Crotone   renonça à la situation qu’il occupait, à Athènes pour se rendre à Samos où Polycrate lui offrait un traitement supérieur.

Polycrate prit des mesures pour aider les petits exploitants agricoles. On importa des porcs de Sicile, des chèvres de l’île de Skyros, des chiens de chasse et de berger de la Laconie et de l’Épire, des brebis de l’Attique et de Milet. C’est généralement du règne de Polycrate que l’on date l’invention de la trirème, même si une autre thèse y voit une invention corinthienne du VIIIe siècle, car dans les faits son existence n’ait confirmée dans aucun texte historique et par aucune représentation artistique avant cette date.

... reposant sur la piraterie

L’île n’est séparée de l’Asie Mineure par un détroit large de 2.300 mètres. La flotte de guerre de Polycrate effectuait le blocus du littoral : tout navire chargé en Grèce, en Crète ou en Sicile d’objets ou de denrées précieuses destinés au roi des Perses, était à sa merci. Les principales victimes des pirates samiens étaient les ports de Milet et de Lesbos.

Esprit avisé, Polycrate tirait parti de chaque acquisition et investissait sagement le produit de ses rapines. Son principal souci était l’aménagement du port qu’il protégea par une digue. La piraterie était d’un excellent rapport, d’autant plus qu’elle favorisait le commerce samien : plutôt que d’essayer de gagner un port soumis au blocus, les navires débarquaient leur cargaison à Samos.

Une fin peu honorable

Momentanément allié de l’Égypte contre les Perses, Polycrate changea de camp. Quand Cambyse lui demanda des bateaux, Polycrate ordonna d’armer quarante grandes trières sur lesquelles prirent place des Samiens qui lui étaient hostiles. Ceux-ci, après avoir participé à la conquête de l’Égypte, revinrent vers Samos. Vaincu sur mer, Polycrate put cependant regagner la terre, où Polycrate avait l’avantage et les insurgés durent se rembarquer. L’année suivante (524 av. J.-C.), ceux-ci revinrent, après avoir hiverné à Lacédémone. A l’expédition s’étaient joints des navires de Corinthe et de l’île d’Égine, centres commerciaux où Polycrate était honni. Polycrate se borna à défendre la ville de Samos et, volant de succès en succès, obligea l’adversaire à rembarquer au bout de quarante jours.

Son alliance avec les Perses l’empêchait désormais de recourir à la piraterie. Quand le manque d’argent se fit sentir, Polycrate, de peur de mécontenter la population, n’osa pas augmenter les impôts et dut recourir aux manipulations monétaires. A ce moment précis, une occasion inespérée s’offrit à lui. Un messager lui apporta une lettre d’Orotès, satrape de l’ancienne Lydie annexée par la Perse. Le satrape lui proposait la moitié de sa fortune en échange de sa protection contre Cambyse. Par cupidité, Polycrate accepta le marché que les devins, ses amis et sa fille lui déconseillaient. La princesse l’avait vu en rêve, suspendu dans les airs, lavé par la pluie et brûlé par le soleil. La lettre du satrape était une feinte pour attirer Polycrate en dehors de son île et le capturer.

Malgré ses innombrables forfaits, la crucifixion de Polycrate, comme un voleur de basse extraction, souleva une émotion profonde dans tout l’univers grec. Comme dans le rêve de sa fille, le tyran de Samos était suspendu entre ciel et terre ; la pluie lavait son corps, le soleil le brûlait.


 



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Dernière mise à jour : 31 mai 2015
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