Afrique
Égypte
Carthage
Lagides

Leptis-Magna

fontsizeupfontsizedown

Histoire

Période punique

Au Ier millénaire avant J.-C., des commerçants venus de Carthage installent des comptoirs temporaires le long de la côte tripolitaine. Face aux tentatives des Grecs de s’implanter vers 510 av. J.-C., les Carthaginois s’allièrent à la tribu libyenne des Maces   pour les repousser, puis installèrent à l’embouchure du wadi Lebda un établissement permanent, dénommé Lpqi.

Lpqi, devenue Leptis, était une ville florissante dont la richesse reposait essentiellement sur l’agriculture et le commerce entre l’Afrique Noire et le bassin méditerranéen. Des caravanes s’acheminaient via les oasis du Fezzan saharien jusqu’au cœur de l’Afrique pour en rapporter des bêtes sauvages, des plumes d’autruche, de la poudre d’or, des pierres précieuses, de l’ébène, de l’ivoire, des parfums, des esclaves.

Pour développer l’agriculture, les Puniques construisirent des citernes, des barrages, des puits, et entreprirent des travaux d’irrigation que les Romains développèrent plus tard. Ce sont certainement les Puniques qui introduisirent la culture des arbres fruitiers (figuiers, grenadiers, amandiers, poiriers et surtout oliviers) qui firent la richesse de la ville, y compris pendant la période romaine.

Période romaine

JPEG - 32.1 ko

Leptis Magna : arc de Septime Sévère.

Rattachée au royaume de Numidie après la destruction de Carthage (146 av. J.-C.), Leptis s’allie pourtant à Rome lors de la révolte de Jugurtha. En retour, Leptis obtient un statut de semi-indépendance (111 av. J.-C.). Devenue colonie romaine (96 av. J.-C.), de même que les villes de la Pentapole, la cité occupe peu à peu une place prépondérante dans le monde méditerranéen. On l’appela Leptis Magna (la Grande) pour la distinguer de la cité de Leptis Romana (en Tunisie actuelle).

Ayant choisi le camp de Pompée durant la guerre civile, César inflige à la cité une lourde amende qui pénalise sérieusement son essor. Toutefois, un premier grand développement architectural s’opère, au début de l’ère chrétienne, avec la construction d’un forum, d’une série de temples, d’un théâtre, d’un marché, et du chalcidicum. En 110, Trajan fait de Leptis une Colonie romaine « Colonia Ulpia Triana Fidelis Lepcis Magna ».

JPEG - 28.8 ko

Leptis Magna : forum sévèrien (méduse).

Le IIe siècle marque l’âge d’or de Leptis notamment à partir de l’accession au trône de Septime Sévère (193), enfant du pays né en 146 dans une riche famille romaine locale. Le plan d’urbanisme est revu ; l’administration de la cité est réformée (exonération d’impôts) ; la cité est protégée des agressions venues du sud par des garnisons. Rien ne fut trop beau pour ses édifices car Septime Sévère désirait faire de sa ville natale la rivale de Rome. Des revêtements muraux, des pilastres  , des colonnes, des chapiteaux en marbre furent expédiés des carrières grecques.

Au IVe siècle, Leptis demeure capitale de la Nouvelle Province de Tripolitaine créée par Dioclétien mais sa prospérité décline en raison d’une surexploitation des terres agricoles fragiles et de l’ensablement du port.

En 363, un raid des Austuriens puis en 365 un important séisme contribuent à l’affaiblir définitivement. En 435, les Vandales s’emparent de la cité et Genséric en fait abattre les murs.

Monuments de Leptis-Magna

Ancien comptoir punique, la cité deviendra, à l’époque romaine, sous l’impulsion des empereurs Auguste, Trajan, Hadrien et surtout Septime Sévère, enfant du pays, une magnifique cité, au point que les archéologues l’ont baptisée la « Rome Africaine », dont les vestiges traduisent encore sa munificence passée. Les proportions de l’hippodrome et de l’amphithéâtre permettent d’évaluer à 100 000 les habitants qui peuplaient la cité à son apogée.

JPEG - 32.2 ko

Leptis Magna : arc de Septime Sévère.

Arc de Septime Sévère

Situé au croisement du cardo   maximus et du decumanus  , son édification (203 apr. J.-.C) fut décidée pour remercier l’empereur de sa générosité. C’est le plus grand (20 mètres de haut) et le plus beau des arcs d’honneur de Leptis. Sa somptueuse décoration le classait parmi les plus riches en reliefs du monde romain.

C’est un arc à quatre faces (quadrifron). Sur la corniche supérieure, les sculptures représentent : une procession triomphale de Septime Sévère dans son char, avec ses deux fils, Caracalla et Geta ; une scène de sacrifice ; une scène de bataille. Sont également représentés les dieux protecteurs de la ville, parmi lesquels Jupiter et Junon sous les traits de l’Empereur et de sa femme, Julia Domna. Des Victoires ont été placées dans les pendentifs extérieurs des arcs.

Thermes d’Hadrien

JPEG - 31.4 ko

Construits en 126-127 pendant le règne d’Hadrien, rénovés sous Commode et sous Septime Sévère, ils comportent, classiquement, une piscine à ciel ouvert (natatio) autour de laquelle se répartissent 4 vestiaires (apodyteria) et une palestre, puis vient le bain froid couvert (frigidarium) de taille exceptionnelle (30,35 x 15,4 m), le bain tiède (tepidarium) et le bain chaud et humide (caldarium) comportant 5 bassins voûtés en forme de berceau et enfin, 4 bains de sudation sèche (laconica), chauffés par le système des hypocaustes ... l’ensemble est complété par des toilettes publiques et collectives (forica). Les thermes étaient décorés de marbres précieux, d’un nombre important de statues, pour la plupart copies des chefs d’œuvre d’Aphrodisias.

JPEG - 27 ko

Nymphée   et rue à colonnades

A partir du nymphée, Septime Sévère fit construire une importante rue à colonnade de 20,50 m de large, parallèle au wadi Lebda, qui conduisait, sur 420 m de longueur, au port. Cette rue comprenait 125 colonnes de cipolin vert, montées sur des piédestaux carrés et surmontés de chapiteaux de marbre blanc ornés de motifs « lotus et acanthe   », du type dit de Pergamon.

Forum sévérien

JPEG - 31.7 ko

Leptis-Magna : forum sévèrien.

Le forum, vaste esplanade de 100 mètres de longueur sur 60 mètres de large, est entièrement entouré d’un haut mur de pierre de taille formant un quadrilatère imparfait. A l’intérieur, le péristyle  , entièrement pavé de marbre blanc, était aménagée selon le modèle classique des forum impériaux, mais la décoration et la présence de l’escalier pyramidal en font une construction originale. Pour la décoration ont été employées différentes variétés de pierres aux couleurs différentes : arcades en cipolin vert, colonnes de granit rose d’Égypte posées sur des cubes de marbre blanc dans le temple.

Les pendentifs des architraves étaient décorés des médaillons représentant des têtes de Méduses et de Néréides. Sur le côté sud-ouest, un escalier pyramidal conduisait à un podium d’une hauteur inhabituelle de presque 6 mètres. Sur ce podium, se dressait un temple, peut-être celui de la gens Septimia, aux dimensions impressionnantes (33 X 22 mètres). Les cubes de marbre blanc étaient ornés de reliefs faisant alterner des scènes de gigantomachie et de trophées, symboles des victoires de Septime Sévère sur les Parthes.

La Basilique sévérienne

JPEG - 33 ko

Leptis Magna : basilique sévérienne.

Adjacent au forum, se trouve l’entrée principale de la basilique, dans une exèdre   semi-circulaire. Ce bâtiment, étroit et haut, commencé sous le règne de Septime Sévère et terminé sous celui de Caracalla, se présente sous la forme d’un rectangle de 92 X 40 m bi-absidial, divisé dans sa longueur par 2 rangées de colonnes corinthiennes en granit rose d’Égypte formant 3 nefs. Les colonnades des nefs latérales comportaient 2 étages au-dessus desquels s’élevaient certainement des galeries de bois. La nef centrale devait être plus haute que celle des côtés pour former une sorte de claire-voie destinée à laisser passer la lumière.

A l’extrémité de chaque rangée de colonnes, une série de pilastres de marbre blanc, magnifiquement décorés de vrilles d’acanthe, avec des rosettes d’où surgissent des têtes d’animaux. Ceux de l’intérieur sont, côté nord-ouest, sculptés de figures de Dionysos. On le voit assis sur une panthère, ou avec ses suivants, les satyres et les musiciens parmi des volutes de vigne. Les pilastres du côté sud-est représentent des scènes mythologiques et en particulier, Hercule exécutant quelques-uns de ses 12 travaux.

JPEG - 33.8 ko

Leptis Magna : vieux forum.

Forum Vetus et ancienne basilique

Le vieux forum fut construit, à l’emplacement de l’ancien marché carthaginois, sous le règne d’Auguste. Sur le côté nord-ouest, sur de hauts podiums, s’élèvent côte à côte trois temples : celui de Liber Pater (le plus vieux temple découvert à ce jour) , le temple de Rome et d’Auguste (dont la construction date de 14-19 apr. J.-C.) et un dernier temple sans doute dédié à Hercule.

Devant le temple de Rome et d’Auguste se dressait une tribune destinée aux harangues. Le côté sud du forum était fermé par deux temples plus petits, dont l’un dédié à la Mère des Dieux, et un bâtiment public précédé d’un portique  . Enfin, un portique, au nord, et une basilique, au sud, achevait de former ce quadrilatère irrégulier renfermant une exèdre située au coin sud-est qui à l’époque sévérienne était surmontée de statues et servait de lieu de conversation.

En prolongement de la basilique, en direction de la mer, se trouve la curie, construite probablement aux Ier et IIe siècles apr. J.-C.

JPEG - 30.3 ko

Leptis Magna : pavillon nord du macellum.

Le Marché

Ce bâtiment, érigé en 9-8 av. J.-C. grâce aux subsides d’un riche citoyen de Leptis d’origine punique, Annobal Tapapius Rufus, est une splendide construction. Elle se présente sous la forme d’un grand (73 X 43 m) péristyle , établi sur une terrasse. Au milieu, reposant sur une plate-forme à 3 gradins, deux pavillons circulaires (tholoï) symétriques, au lieu du pavillon unique qui était généralement la règle, entourés de portiques octogonaux de style ionique  . Entre les colonnes des portique, se trouvaient des tables de vente. Entre les deux pavillons, on peut voir deux intéressantes tables de contrôle de mesures de capacité et de longueur, où se côtoient les coudées puniques, égyptiennes et le pied romain.

JPEG - 25.6 ko

Leptis-Magna : chalcidium.

La Chalcidicum

Entre le marché et le théâtre, formant un angle à l’est , se trouve ce que les archéologues et historiens pensent avoir été une « galerie marchande ». Son nom, chalcidicum, lui vient de sa dédicace, mentionnée sur un entablement, à Vénus de Chalcis. Financée par un riche habitant d’origine phénicienne, elle fut construite sous le règne d’Auguste. On peut y distinguer deux ensembles, l’un pouvant avoir abrité des boutiques d’artisans d’art (bijoutiers, soyeux, verriers, fabricants de tapis), l’autre ayant peut être servi à la vente des bêtes sauvages importées d’Afrique Noire (des statues d’éléphant en marbre blanc y ont été trouvées).

JPEG - 32.6 ko

Leptis Magna : le théâtre.

Le Théâtre

C’est un grand théâtre de construction classique, lui aussi financé grâce aux subsides d’Annobal Rufus. Il fut agrandi et embelli au IIe siècle. C’est de cette période que date le mur de scène avec son décor de marbre. Les sièges sont disposés en rangées semi-circulaires auxquels on accède par des vomitoires  . A l’emplacement de l’orchestre, se trouvent des sièges bas qui étaient réservés aux notables. De chaque côté de la scène, accolées au mur, sont disposées les statues d’Hercule et de Dionysos, les dieux protecteurs de la ville. A l’arrière, un portique quadrilatéral abrite un petit temple, construit en 42 apr. J.-C., élevé à la vénération des empereurs.

JPEG - 32.9 ko

Le Port

Septime Sévère fit construire à Leptis un grand port, qui ne le cédait en rien à ceux d’Ostie ou de Carthage. Il comportait un avant-port délimité à l’est par un môle aujourd’hui immergé. Ce port comprenait plus d’un kilomètre de quais, un bassin fermé de 13 hectares, un phare à gradins, et un sémaphore du côté Est du bassin. Des entrepôts étaient répartis de part et d’autre de ce bassin. Le port de Leptis possède des vestiges disparus ailleurs : quais avec des anneaux taillés dans la pierre pour arrimer les haussières, portiques pour protéger du soleil docks et magasins.

L’Hippodrome

C’est le seul édifice de ce type subsistant en Tripolitaine. Il est situé à environ 800 mètres du port, parallèlement à la mer. La porte principale ou Porta Triumphalis était située à l’extrémité arrondie côté Ouest. De l’autre côté, les « grilles de départ » ou Carceres étaient encore en place au XVIIe siècle, selon le témoignage d’un voyageur français de cette époque.

Sa dimension monumentale (450 X 100 m) en fait l’un des plus grands du monde romain : il pouvait accueillir près de 23 000 personnes. L’originalité de sa spina, nommée Euripus, en fait un exemple archéologique unique au monde. On ne trouve plus cette sorte de spina, qu’à Leptis et sur des représentations artistiques ou dans des références historiques. L’Euripus était constituée de 5 bassins d’eau rectangulaires disposés sur des socles sculptés. Un petit temple était érigé entre le 2e et le 3e bassin en partant du sud-ouest. Chaque extrémité était marquée par une borne ou Meta, en pierre, autour de laquelle les concurrents devaient tourner. Chacune de ces Metae était décorée en son sommet par 3 pylônes effilés couronnés de pommes de pin.

JPEG - 43.9 ko

Leptis Magna : l’amphithéâtre.

L’Amphithéâtre

Les bâtisseurs de l’amphithéâtre, construit en 56 apr. J.-C., ont astucieusement utilisé la cavité d’une carrière exploitée au préalable. Il fut restauré dans les années 60. C’est une arène, elliptique, de 100 X 80 mètres, qui pouvait accueillir 15 000 spectateurs. Tout autour de l’arène, des salles de pierres fermées par des grilles étaient utilisées pour faire attendre les bêtes sauvages et le matériel à apporter sur scène, sans que les spectateurs le remarquent.

JPEG - 30.1 ko

Leptis Magna : thermes de la chasse.

Thermes de la Chasse

Construit fin IIe-début IIIe siècle par un riche propriétaire près de sa villa en bord de mer, à l’extrémité ouest de la ville. Complètement enfouis sous le sable pendant des siècles, ils sont demeurés dans un très bon état de conservation. Les voûtes et les coupoles ont conservé leurs fresques. L’une représente un combat entre gladiateurs et léopards où le nom de chaque participant apparaît. D’autres fresques évoquent les bords du Nil.


 

Portfolio

Leptis Magna : arc de Septime Sévère. (c) Jean Savaton Leptis Magna : arc de Septime Sévère. (c) Jean Savaton Leptis Magna : arc de Septime Sévère (frise). (c) Jean Savaton Leptis Magna : arc de Septime Sévère (bas-reliefs). (c) Jean Savaton Leptis-Magna : forum sévèrien. (c) Jean Savaton Leptis-Magna : forum sévèrien (tête de Méduse). (c) Jean Savaton Leptis Magna : forum sévèrien. (c) Jean Savaton Leptis-Magna : forum sévèrien. (c) Jean Savaton Leptis-Magna : forum sévèrien. (c) Jean Savaton Leptis-Magna : forum sévèrien. (c) Jean Savaton  (c) Jean Savaton Leptis-Magna : basilique sévèrienne. (c) Jean Savaton  (c) Jean Savaton  (c) Jean Savaton Leptis-Magna : le macellum. (c) Jean Savaton Leptis-Magna : chalcidium. (c) Jean Savaton Leptis-Magna : étal de marchand. (c) Jean Savaton Leptis-Magna : étal de marchand. (c) Jean Savaton Leptis Magna : étals de marchands. (c) Jean Savaton Leptis-Magna : intérieur de l'amphithéâtre. (c) Jean Savaton  (c) Jean Savaton  (c) Jean Savaton  (c) Jean Savaton Leptis-Magna : thermes de la chasse. (c) Jean Savaton Leptis-Magna : thermes de la chasse. (c) Jean Savaton Leptis-Magna : thermes de la chasse. (c) Jean Savaton Leptis-Magna : thermes de la chasse. (c) Jean Savaton  (c) Jean Savaton Leptis-Magna : thermes de la chasse. (c) Jean Savaton Leptis-Magna : le théâtre. (c) Jean Savaton Leptis-Magna : le théâtre. (c) Jean Savaton Leptis-Magna : le théâtre. (c) Jean Savaton Leptis-Magna : le théâtre. (c) Jean Savaton Leptis-Magna : le théâtre. (c) Jean Savaton Leptis-Magna : le théâtre. (c) Jean Savaton  (c) Jean Savaton  (c) Jean Savaton  (c) Jean Savaton  (c) Jean Savaton